Enveloppée dans sa couverture, un feu brûle dans l'âtre de la cheminée, assise, le front collé sur la fenêtre de sa chambre, la belle rêve...
"Il paraît que les roses continuent de sourire sous le duvet blanc et satiné de la neige, ce soyeux cortège, tout en larmes blanches pleurent l'impassible manège de ces pensées qui vont et viennent sans réel désir de se fixer."
Dans l'asphyxie de cette fumée qui s'échappe du foyer, la belle s'évade mentalement de ses gants en acier qui entravent ses gestes. Elle se réfugie lentement dans sa neurasthénie:
"Mon coeur s'habille de noir, quoi de mieux pour se confondre dans la masse diffuse des fous vêtus de solitude et de mélancolie. On préfère se dire qu'on fait partie de ceux à qui les silences suffisent, mais les humains ne sont pas doués pour ça. Faibles, fières, leurs maux se susurrent en secret derrière leur vaines images démesurées se refletant dans les yeux de ceux qui écoutent leurs mensonges. Un flot de paroles en continue se dégage de leur personnalité, leurs voix, suaves et mièvreuses convainc les imbéciles que les gens biens existent et qu'ils font partie de cette catégorie. S'ils savaient que derrière chaque regards se dissimulent un misérable prêt à frapper sans se soucier des conséquences, une épée de Damoclès suspendue dans le vide, impalpable au dessus de nos têtes qui n'attends qu'une erreur pour s'abbatre sur l'être en dessous. Transpercé par sa propre peine, les secondes s'égrènent insensiblement, le temps avance, indifférent de la bassesse humaine, unique adversité qui ne peut s'arrêter pour tout changer."
La belle ne sent plus l'odeur parfumée de son encens, seul la sensation acre de l'âtre qui s'enflamme. Plus besoin de couverture, la chaleur se rapproche, pouvant presque la toucher de ses doigts embrasés.
"Je rêve sans pouvoir m'assoupir, ses images m'oppressent, je revois son sourire comme une arme, où ses larmes étaient des lames faites pour toucher mon âme."
Touché, coulé, la belle a sombré.
"Le vice de l'ange dit vertueux était de déjouer le temps qui passe pour gagner le répit d'une quelconque décision à prendre. En attendant, l'écrou resserre fatalement l'étau martellant ces doutes d'interrogations toujours plus suffocantes."
Sereinement, la belle s'allonge, décollant son front de la fenêtre, les yeux ouverts, regardant, les flammes rirent de l'avoir emprisonner, se délectant de la souffrance insufflée à l'humaine. La décadence cesse dans le crépitement des dernières bûches et du rocking chair en bois. Ne regardant plus la fenêtre, la belle pense à ce visage qu'elle a tant aimé, à ces yeux qui l'ont tant blessé, désormais l'attente sera longue, juste l'éternité pour oublier...